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Là où la côte rejoint l'horizon : Un voyage pour la SP

  • arreterlaspcaroule
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

L’asphalte défile sous les roues de mon Africa Twin, chaque vibration du moteur résonnant comme une promesse dans le silence du matin. Pour moi, ce voyage vers la Nouvelle-Écosse n'est pas une simple errance touristique. C'est un défi profondément humain, une quête de sens. « Chaque kilomètre doit compter », je me répète sous mon casque. Chaque tour de roue au fil des côtes sauvages et des caps escarpés est une victoire symbolique dédiée à tous ceux qui luttent au quotidien contre la sclérose en plaques.


Mon périple s’ouvre sur un élan de pure adrénaline : une traversée marathon de plus de 700 kilomètres. La légendaire vallée de la Matapédia s'étire à perte de vue, baignée par une lumière rasante qui étire les ombres des arbres, me menant jusqu'aux portes du Nouveau-Brunswick. L'odeur boisée de la forêt boréale pénètre par les aérations de mon casque et le vent frais du Nord qui fouette mon blouson me rappelle l'immensité de la tâche qui m'attend.


Dès le lendemain, la réalité brute du voyageur me rattrape au réveil. Face à une robinetterie d'hôtel récalcitrante, oscillant sans aucune logique entre le brûlant et le glacial, je souris : l'aventure, c'est aussi accepter l'imprévu avec philosophie. Quelques instants plus tard, le grondement mécanique et rassurant de ma moto rompt le calme de l'aube alors que je m'élance sur les mythiques « routes de contrebande ». Les pneus mordent le bitume usé et bosselé, l'air devient soudainement plus salin, plus lourd. Les portes de la Nouvelle-Écosse s'ouvrent enfin, balayées par les embruns.



C’est là que l'océan impose son rythme magistral. Le bitume flirte en permanence avec le vide et les falaises, et j'entame une véritable chasse aux phares côtiers sous la fraîcheur iodée et piquante du grand large. Le vent de l'Atlantique claque avec force contre ma visière, apportant avec lui le goût du sel. Mes nuits sous la tente se révèlent parfois rudes, rythmées par le ballet agaçant et incessant des moustiques et un matelas de sol qui glisse sans cesse à chaque mouvement. « Pourquoi je m'inflige ça ? », je pense parfois au cœur de la nuit noire, grelottant un peu. Puis je me rappelle le visage des gens pour qui je roule, l'importance de la cause, et la fatigue s'évanouit instantanément.


Chaque matin m'offre sa poésie visuelle. Un jour, c’est une brume mystique, opaque et épaisse qui enveloppe complètement mon campement. Tout est gris, feutré, le monde semble s'être arrêté autour de moi. La toile de la tente est glacée et trempée par l'humidité côtière. Mais l'odeur réconfortante d'un café chaud préparé sur le pouce rallume la flamme du départ. Quelques heures plus tard, ce sont les sourires chaleureux et l'accueil légendaire des habitants de Shelburne qui me réchauffent le cœur, avant de me jeter de nouveau dans des virages côtiers intenses.


Un autre matin, c’est le bruit de pas d'un voisin de chambre un peu trop matinal dans une auberge qui brise mon sommeil dès 4 h 30. Qu'importe. J'en profite pour savourer l'instant présent, un café fumant à la main, puis plus tard admirant les reflets de l'aube sur les rochers spectaculaires du Cap Fourchu, les yeux rivés sur l'horizon infini.



Mais la route sait aussi se montrer impitoyable, testant jusqu'au bout la résilience du pilote et de sa machine. Après une nuit glaciale dans une grande chaîne d’hôtel — où, ironiquement, le confort attendu s'est transformé en un frisson continu qui m'a forcé à m'envelopper dans son propre sac de couchage de camping pour dormir —, je me réveille le corps engourdi. Dehors, le ciel s'est effondré sur la région. Le voyage se transforme instantanément en une véritable « douche roulante ».


Sous une pluie diluvienne qui frappe violemment mon casque, mes sensations de pilotage changent du tout au tout. « Reste concentré, regarde loin, garde le rythme », je me dicte mentalement alors que mes gants de Gore-Tex, heureusement, me protègent admirablement des éléments, gardant mes mains bien au sec. La chaussée est désormais recouverte d'une forte quantité d'eau, créant une pellicule propice à l'aquaplanage. Au cœur de ces virages détrempés, je fais corps avec l'Africa Twin. Je ressens chaque micro-perte d'adhérence du pneu arrière sur cette pellicule liquide, dose l'accélération avec une précision chirurgicale pour stabiliser la lourde moto sur le bitume luisant, et joue de l'embrayage pour négocier les courbes avec souplesse malgré les violentes rafales de vent. Les projections opaques des camions obscurcissent ma visière à chaque dépassement, mais le grondement sourd et volontaire du bicylindre me rassure. C'est un retour intense, hautement physique et sans le moindre répit vers le Québec.

Le septième jour sonne enfin l'heure du sprint final vers la maison. Le réveil se fait plus doux, bercé par le chant matinal des oiseaux, même si le chien des voisins de camping tente tant bien que mal de briser la magie. À ma grande surprise, l'intérieur et l'extérieur de la tente sont restés parfaitement secs malgré la proximité du fleuve. Je retrouve enfin la mythique Route 132 pour les derniers milles.


La fatigue accumulée au cours des 3 500 kilomètres pèse sur mes épaules, et la technologie décide elle aussi de me mener la vie dure : mon système informatique refuse obstinément de charger les photos du périple. Planté devant ma moto, j'inspecte la mécanique et gère ces derniers caprices techniques sous un ciel bleu où le soleil règne en maître. « On y est presque, mon amie, encore un dernier effort », je glisse à voix basse en tapotant le réservoir de mon Africa Twin. J'enclenche la première dans un claquement net. La moto s'élance avec vigueur sur les derniers kilomètres de bitume québécois, avalant les lignes droites avec une stabilité impériale. La maison approche, bouclant ce voyage magnifique où chaque courbe négociée, chaque moustique bravé et chaque goutte de pluie affrontée auront rapproché la recherche d'un espoir nouveau.



Ce voyage de 3 500 kilomètres n'aurait été qu'une longue route asphaltée sans le soutien indéfectible de toute une communauté. Derrière chaque tour de roue de mon Africa Twin, il y avait vos dons, vos messages d'encouragement et votre énergie pour faire avancer la recherche contre la sclérose en plaques. Grâce à vous, chaque kilomètre s'est transformé en un symbole d'espoir tangible.


Je tiens à remercier chaleureusement vous tous, donateurs de la première heure ou supporters croisés sur la route : votre générosité est le véritable moteur de cette aventure. Ensemble, nous continuons de rouler pour un avenir sans SP.


Merci du fond du cœur !


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©2021 par Arrêter la SP - Ça roule!   Créé par Dominique de Leeuw

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